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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

Je suis partie en Allemagne. Premier grand voyage...  J'en garde des souvenirs étincelant de bonheur, comme des petits diamants parsemés sur ma jeunesse. La découverte d'un nouveau pays, de nouveaux paysages, de nouveaux visages, de nouveaux goûts m'ont ouvert l'esprit et le coeur. Je revois la belle cathédrale de Cologne, le parc, les maisons alignés au design austère mais dans lesquelles une douce chaleur se répand, semblable à ce peuple que l'on dit froid, mais qui est capable de vous donner de si belles choses... dont une amitié indéfectible. Malheureusement, la jeune fille qui m'accueillait n'était pas très encline aux partages ni aux franches rigolades. Qu'à cela ne tienne, j'ai trouvé cela auprès de vous, Suzanna, Daniel, Jussuf, Jürgen, Michelle. Je me souviens de nos éclats de rires, de mes premières bières, du poulet fumé, et des sandwichs au pain noir. Je n'ai rien oublié de mes premières amours que je trouvais si exotiques.  Du goût amer de mon départ, étranglée par la tristesse, de nos longues lettres où nous partagions nos passions, nos émotions, et puis enfin la joie de nos retrouvailles sur le sol français quelques mois plus tard... 

Ma correspondante est arrivée. Rien de bien exhaltant au regard des échanges que nous avions eu. Mais, j'étais tout de même heureuse de lui faire découvrir ma France, ma ville, ma maison, ma famille, mes amies ! Mon grand-père se fit très discret, presqu'invisible durant toute la durée de son séjour. Il venait manger, ne lui accordait que peu d'intérêt et par dessus tout, ne lui adressait pas un mot. Cela ne semblait pas la déranger vraiment. Je lui avais expliqué la situation, quelque peut complexe, mais elle ne souhaita pas l'envisager autrement qu'en partageant son mutisme avec le sien. Nous avons écourté la souffrance commune, en l'emmenant un Week-end à la mer. Elle put avec nous découvrir les bords de la méditerranée, ses charmantes garrigues, la Cité de Carcassonne, et tant de paysages différents des siens, illuminés par un soleil généreux.

Elle nous remercia vivement du voyage, qui lui avait donné quelques couleurs et quelques rondeurs tant elle appréciait la cuisine française. Son départ ne fut pas célébré dans la joie, cependant je pus distinguer dans le comportement de mon grand-père un certain relâchement, ses traits se détendaient au fur et à mesure l'échéance approchait. Après son départ, la seule remarque qu'il me fit, et je dois bien l'avouer elle était pertinente, fut " Elle a bien profité, dans tous les sens du terme !  "

Maman avait lutté durant tout son séjour pour faire bonne-figure. Elle souffrait toujours autant, mais l'avait caché sous un sourire grimaçant, et une jovialité toute relative. Mon frère quant à lui avait fait de son mieux pour lui être agréable et c'est bien grâce à lui, qu'elle découvrit la mer. En cela, elle lui était particulièrement reconnaissante et gardait pour lui tous les sourires qu'elle n'avait pas pour nous. Je me suis demandée si cette jeune fille n'était pas tombée amoureuse de lui. Dieu merci, ce n'était pas réciproque sans quoi mon grand-père en aurait certainement passé l'arme à gauche...

Quand la maison se vida de l'étrange étrangère, la vie reprit son cours, lentement, sournoisement chacun reprit sa place et sa fonction. Maman n'allait pas vraiment mieux, mais elle faisait beaucoup d'efforts pour que cela ne se voit pas trop. Elle était fatiguée au lever, épuisée au coucher, et n'avait de goût que pour le sommeil.  Mon grand-père avait repris ses habitudes. Il occupait le clair de son temps à lire, à regarder la télé et ne partageait avec nous que le moments des repas. Il exerçait encore son emprise sur maman lui reprochant son état dépressif, lui rappelant que ce n'était pas en ne faisant rien qu'elle s'en sortirait, et que ce manque de volonté évident l'ulcérait au plus haut point. Je regardais maman encaisser les coups. Elle ne répondait pas, bien évidemment. Parfois, la colère montait en moi, j'avais envie de la défendre. Je voulais qu'il la ferme, une bonne fois pour toutes. Qu'il arrête de geindre et qu'il ait un peu de compassion pour sa fille, son enfant. Qu'il lui dise de jolies choses, qu'elle aurait pu entendre et qui l'auraient soignée : " ça va aller mieux, tu vas guérir, je vais t'aider, ne t'inquiète pas, je t'aime et je suis là, je vais prendre soin de toi, je comprends ton chagrin, je vois ta souffrance…" Mais non, ces mots-là ne sont jamais venus, je les ai tant attendus, tant espérés… pour maman. Ils auraient pu tout changer, elle s'y serait accrochée, elle aurait su s'en servir pour vivre, rebondir, recommencer. Je m'en serais souvenue, et je n'aurais pas eu à écrire ses lignes. Non, ils ne sont jamais arrivés jusqu'à son cœur. Elle ne les a jamais entendu. Il n'a su l'aimer qu'en la détruisant. Il lui a volé le peu de confiance qu'elle avait en elle, le peu de joie qu'elle aurait pu exprimer, le peu d'espoir que la vie lui laissait. Il lui a tout pris, et elle n'a rien dit. 

J'ai grandi avec ce sentiment d'injustice et il a copieusement nourri ma haine. Je détestais mon grand-père, il me le rendait bien. Peu importe. Je me moquais qu'il ne m'aime pas. Moi, je n'avais pas besoin de son amour pour grandir. J'avais eu, 12 ans durant, le magnifique, l'indéfectible amour de mon père, le sien ne m'était pas indispensable, pas vital. Il aurait tout changé s'il avait existé, mais j'en faisais mon deuil avec une facilité déconcertante. Mon père avait rassuré ma mère, lui l'avait aimée vraiment, lui l'avait choyée, dorlotée, soignée. Lui ne lui avait jamais rien reproché. Lui, lui avait tendu la main pour l'aider à se relever. Lui, avait essayé de la protéger. Mais lui, lui n'était plus là à présent. Maman était donc seule. La solitude tue. J'ai voulu l'en sauver. 

 

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