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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

Au tout début, il se montra sous son meilleur jour. Il ne fit aucun commentaire désagréable à maman sur son état presque végétatif, sur ma cuisine approximative ou sur le repassage analogue des ses chemises. Il s'enfermait de longues heures dans ses appartements, regardait la télé dans son bureau et ne descendait dans les communs que pour y prendre ses repas et son café. Maman, elle, était quasi confinée dans sa chambre. Elle s'y réfugiait dès que possible, à l'écart de nos regards, évitant ainsi tout jugement sur ses progrès inexistants. Mon frère passait l'essentiel de la journée et nombreuses de ses soirées auprès de ses amis, fuyant ainsi la maison et son flot continu de mélancolie. J'étais là au beau milieu de cette sourde peine, avec ma joie accrochée en bandoulière à mon cœur, n'osant jamais se manifester, calfeutrée dans un mutisme profond, aveuglée par la tristesse et l'ennui et contrainte à n'exister qu'à l'école. Cela me valut quelques heures de colle, une franche incompréhension de la part du corps enseignant ignorant tout de mon quotidien, et pensant bien faire en réprimant l'expression de mon optimisme. Ils n'avaient pas compris que je faisais de la résistance : tout dans mon comportement laissait penser que j'allais très bien, que j'étais passée au dessus de mon malheur avec une facilité déconcertante, et qu'à présent je m'autorisais quelques libertés qui risquaient de gâcher ma scolarité. Un de mes professeurs crût bon de me le rappeler, utilisant à mauvais escient le vieil adage : "Quand le chat n'est plus là, les souris dansent ! ". Il avait eu l'indélicatesse extrême de changer le " pas " pour un " plus " me rappelant ainsi la triste réalité, mon père ne reviendrait plus. Plus jamais. J'ai pris tout de même l'avertissement au sérieux. Non pas pour moi, mais pour maman, de peur qu'on ne l'informa de mes excès de rigolades desquelles découlaient quelques notes, flirtant sévèrement avec la médiocrité !

Mes amis, qui pour certains le sont encore aujourd'hui, m'accompagnaient dans mes éclats de rire. Pascale, Fabienne, Nicolas, Gonzague, Lionel, Jean-Christophe… autant de prénoms que de bons souvenirs. Ils ont, sans le savoir vraiment, été mes meilleurs remèdes. Ils ont participé à ma survie, contribué chacun à leur manière à me faire oublier que je n'avais  pas eu de chance. Ils m'ont portée sur les eaux de ma jeunesse, ont traversé avec moi les rapides, se sont baignés avec moi en eaux troubles parfois, et ont nagé avec moi vers la rive, épuisés mais heureux de ce si beau voyage qu'est la jeunesse. Je n'ai rien oublié de ces années. Ni les voix, ni les visages, je les aime encore. Premiers baisers, premiers émois, premières cigarettes, premiers secrets, premières cachoteries… Vous êtes magnifiques !

Quand je m'étais saoulée de rires et de partages à l'école, je rentrais à la maison le cœur léger, prête à affronter les masques de douleur et leur cohorte de plaintes. Maman esquissait toujours un sourire avant de gémir. De redoutables céphalées l'empêchaient de parler mais aussi de m'écouter. Je lui racontais ma journée, gommant avec beaucoup d'application les séquences les moins studieuses, mais elle mettait fin à mon récit, m'expliquant, pour la énième fois que je parlais trop vite, trop fort et que je lui donnais encore plus mal à la tête. Je cessais, et elle retrouvait aussitôt son précieux silence et moi ma déception. Je voulais amener la vie, elle la refusait. Je voulais lui apporter la joie et elle la faisait taire. Petit à petit, insidieusement, mon amour pour elle, empêché, s'étiolait. 

Mon grand-père, quant à lui, commençait à recouvrer sa personnalité. Il s'agaçait que maman ne fasse rien de ses journées, et il verbalisait à présent son impatience à retrouver sa servante. Je cuisinais mal, je repassais mal, mais comment ma mère m'avait-elle élevée ? Une bonne à rien finalement. Je n'étais en rien la jeune fille qu'il aurait voulu que je sois, tout aussi soumise que ma mère, à son service et la merci de ses humeurs. J'avais choisi, pour ne pas faire comme tout le monde je crois, d'apprendre l'allemand en première langue étrangère. Mon grand-père, qui avait combattu les boches durant la grande guerre, s'en était offusqué. Il avait pris cela comme une injure, un manque de respect, et papa avait dû défendre mon choix, expliquant que cela me donnerait accès aux classes de bon niveau et servirait certainement mes ambitions, bien que de mémoire, à l'époque, je n'en eu pas. Mon grand-père avala tant bien que mal la couleuvre, mais un an plus tard, vint la question d'un prochain échange linguistique… Je partirai en Allemagne dans une famille, et nous recevrons chez nous, une Allemande. Le projet fut abordé lors d'un repas. Mon grand-père quitta la table sans finir son assiette, les yeux révulsés de colère et de haine. J'avais la réponse à ma question, ce serait non. Non, je ne partirai pas en Allemagne, ou bien si j'y partais, je n'avais qu'à y rester; et NON, cette boche ne passerait pas la porte ! J'étais attristée par cette décision prise par mon Grand-Père de manière unilatérale, mais le sentiment qui m'animait le plus était la vengeance. Je suis montée dans ma chambre et V est immédiatement venue me rejoindre. Nous avons élaboré ensemble un plan fantastique pour parvenir à nos fins et j'ai juré à V de le suivre à la lettre.

 

 

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