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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

Il n'est pas juste de nommer ce mal Maman. Elle, elle n'y est pour rien. Seule sa maladie est responsable. Sa maladie s'appelle "dépression". Derrière ce nom si commun se cache un mal peu commun,  croyez-moi. A nul autre comparable. J'ai compris dès les premiers signes que cela était grave, et qu'il faudrait du temps pour que maman nous revienne. Car oui, je peux affirmer qu'elle était partie... Elle n'était plus à nos côtés depuis déjà quelques mois. Papa l'avait accompagnée au mieux dans cette traversée. Il était très compréhensif, très doux, très aimant. Je ne l'ai jamais vu manquer de patience ou s'agacer quand maman ne pouvait plus rien faire, qu'elle abandonnait tout et tous. Jamais. Il m'a écrit au mois d'août 1982 une longue lettre, pour m'expliquer qu'il fallait garder espoir, que maman irait mieux, qu'elle guérirait un jour mais qu'en attendant, nous devions rester unis autour d'elle, l'entourer de tout notre amour. Papa croyait aux pouvoirs de l'amour. Il ne m'a pas écrit pour me rassurer, mais pour m'engager. Il voulait que je sois pour elle une fille attentive et bienveillante. Il pensait qu'à force d'amour, elle reviendrait. Pour conclure sa lettre, sans le savoir ni le prétendre,  il a écrit la phrase qui a dicté ma vie : " et même si la vie parfois peu amène, sache ma fille tout quérir ". Moi le petit arbre dont le tronc n'était pas encore bien solide, et dont les racines avaient peine à s'ancrer dans la terre, je pouvais pousser droit. Je pouvais m'élancer dans la vie, sans craindre de tomber à la première tempête. Les vents les plus violents n'auraient pas raison de moi. 

Quelques mois plus tard, le premier gros orage s'est abattu sur moi, papa est parti. J'ai tenu bon quand le tonnerre grondait et faisait trembler les vitres, quand le ciel s'est déchiré sous la violence des éclairs, quand la terre saoule de pluies diluviennes a rendu des flots de boue dans les rues… Alors, face à l'absence de maman, je serrais fort les points, et je poursuivais le combat. 

Mon oncle et ma tante m'ont chéri pendant des mois. J'ai tissé avec eux des liens indéfectibles. J'ai trouvé en mon oncle un "ersatz" de père. Sans vraiment le valoir, et sans forcément  le vouloir, il a remplacé un peu le mien. Mon affection et ma reconnaissance lui sont à jamais acquises. Pour sa main sur ma joue, pour ses rires à mes pitreries, pour ses petites attentions, pour sa porte ouverte, pour ma place dans son bureau, pour nos fous rires, je reste profondément attachée à lui. J'allais mourir, il m'a sauvée. J'allais partir, il m'a retenue. 

Je m'étais refait une santé, j'avais grandi, changé, j'étais devenu une jeune fille auprès d'eux. Je ne me trouvais pas très jolie, ni très gracieuse, mais j'acceptais mes longues jambes, mes longs bras, mon nez en trompette, mes sourcils marqués, ma nouvelle poitrine. C'est comme cela que maman m'a récupérée. Je n'étais plus une petite fille plus vraiment non plus sa petite fille. Son retour à la maison fut une grande joie doublée d'une puissante crainte. Il fallait quitter le nid dans lequel j'avais été couvée, pour retrouver celui, moins douillet, que j'avais quitté. C'était un samedi. Mon frère a ramené maman à l'heure du déjeuner. Il faisait beau et chaud. Ma tante et moi avions rempli le frigo, j'avais préparé le repas avec beaucoup d'application. Pas un festin, mais de quoi nous réjouir les papilles en ce début d'été. Maman était heureuse de retrouver sa maison. Nous avions pris soin de nettoyer toutes les traces du passé. Il fallait repartir du bon pied. 

Elle a remarqué tout d'abord les géraniums en fleurs, dégoulinant en pompeuses cascades pourpres, sur la murette de l'allée. Chargé de mille billes cramoisies, le cerisier semblait épuisé à force de l'attendre. Ses branches se penchaient vers elle, semblant vouloir lui donner ses fruits dans un ultime soupir. Elle s'arrêta un instant devant le millepertuis dont les fleurs grandes ouvertes doraient leurs pistils au soleil de midi. Comme aveuglée par tant de beauté, elle clignait des yeux. Le rosier Banksia, à la fois majestueux et discret, lui faisait une révérence, en offrant jusqu'à ses pieds ses pampilles de roses blanches. Elle caressa doucement une fleur, d'une main hésitante. Puis, elle nous demanda de rentrer. J'avais dressé la table sur la terrasse, à l'ombre de l'avant-toit. " Il fait trop chaud, il y a trop de luminosité, je préfère rentrer." Tout était trop, tout était peut-être trop tôt.

 

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