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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

La fin de l'été arrivait enfin, avec son lot de consolation : le retour au collège ! Quand certains faisaient grise mine, moi j'étais folle de joie. Je vivais à contre-sens de mes amis, à l'envers, les pieds dans les nuages. Pas d'argent pour faire des achats futiles, juste de quoi assurer l'essentiel. Le salaire de papa manquait à l'appel de cette rentrée scolaire. Il fallait serrer les coudes, les boulons, la ceinture. Mon vieux cartable ferait bien une année de plus, ma trousse était d'accord pour m'accompagner encore, et si j'étais un peu plus soigneuse, je pourrais aussi profiter des mêmes habits, un peu racourcis par les centimètres pris durant l'été. Le cadre était posé, ce serait une année d'austérité, étriquée, coincée entre un procès à venir et des comptes bancaires bloqués, une administration judiciaire qui tardait à statuer et des banquiers frileux qui pénaient à nous aider.

L'état de maman n'évoluait pas. Elle stagnait dans cette écume, à demi-éveillée, et ne semblait pas avoir conscience des réalités. Elle vivait entre parenthèse, égarée dans un monde qui ne la concernait plus, et sur lequel elle posait un regard belliqueux. Elle en voulait à personne et à tout le monde, elle étranglait le présent, vomissait l'avenir et se délectait du passé. Ses médecins ne semblaient plus être suffisament armés. Ils intervenaient tour à tour, prenaient soin de ne pas marcher dans les pas de l'autres, proposaient un nouveau traitement, épuisaient leurs stocks d'ordonnances, corrigeaient leurs copies, essayaient de comprendre, en vain. 

Mon grand-père décida de rentrer chez lui. Je dis "chez lui " car bien que, contre bons soins, mes parents aient hérité de la maison familiale, mon grand-père était encore "chez lui". Cet homme âgé, au regard transludice, aux cheveux de cristal, avait fait la grande guerre. Il faut comprendre donc, qu'aucun mal n'est plus aigu que le sien. Aucun caractère plus fort que le sien. Aucun coeur n'est plus dur que le sien. Gabriel est un héro méconnu qui s'est mué en tyran domestique. Personne ne l'a vu venir, à l'exception de V.

Il était né dans un autre siècle, d'imigrés italiens débarqués à Cette ( Sète ). Ses origines lui donnait une classe folle et un port de tête altier. De taille honnête, l'homme paraissait grand, bizarerie anatomique liée au statut social. Il dominait les autres, et plus particulièrement ma mère. Elle avait un tel respect pour son père que tous ses écarts étaient permis. Il pouvait la juger à dessein de commédienne qui mime une maladie fantôme, de piètre cuisinière, de mauvaise mère, peu importe, elle le pardonnait. Elle culpabilisait même de n'être pas à la hauteur de ses attentes, de le décevoir, lui, le boureau patriarche.

V m'avait alertée une première fois lors d'une colère de mon grand-père. Ce dimanche-là, maman avait fait un gâteau pour fêter l'anniversaire de mon grand-frère. Il a soufflé les bougies et maman a découpé le gâteau en parts presqu'égales... Sauf une. Elle a servie cette part à mon frère, avant de servir mon grand-père. Grossière erreur ! Il est entré dans un colère si violente, que maman s'est prostrée. Elle ne parvenait pas à dire un mot. Mon grand-père a voulu lever la main sur mon frère et c'est mon père qui l'en a dissuadé. Mon père qui s'est levé, et l'a menacé. Mon père qui a crié plus fort que lui. C'est aussi mon père qui ce jour-là est parti. Mon grand-père n'a rien cédé. Il voulait avoir raison, dans cette maison, chez lui, il était le maître. Pas de place pour d'autre. Surtout pas pour mon père. Maman, comme à son habitude, s'est écrasée devant lui, rampante elle est allée s'excuser de ne l'avoir pas servi en premier. Il fut bon, il la pardonna. Il fut si bon, que mon père put revenir. Cet épisode marqua notre famille. Mes frères et moi garderions un souvenir toujours plus nourri d'amertume envers celui qui était par défaut notre grand-père.  

Il réintégra donc son domicile en septembre. J'avais imaginé qu'il serait plus clément et compréhensif à l'égard de sa fille, veuve désormais. Je m'étais hélas trompée et la vie me rappela qu'on ne chasse pas le naturel fût-il un instant parti au trot, sans qu'il ne revienne au galop !

Au tout début, il se montra sous son meilleur jour.

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