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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A bientôt peut-être.

Maman s'est réadaptée petit à petit à sa nouvelle vie. Elle parlait de papa chaque jour, relatant tel ou tel autre souvenir. Cela ne paraissait pas douloureux en apparence. Mais je sentais bien que chaque jour était difficile à vivre jusqu'à la nuit. Ses temps de sommeil étaient sa seule délivrance. Elle les chérissait, et faisait en sorte de leur donner plus d'importance au fil des jours. Ainsi, elle dormait plus qu'elle ne restait éveillée. Ses journées étaient rythmées par de longs soupirs, quelques impatiences, et toujours aussi peu d'envie. Je lui ai proposé de m'apprendre à soigner les fleurs : tailler les roses fanées, couper en pinçant entre deux ongles les géraniums, arroser mais pas plus qu'il ne faut les millepertuis… Mais son enthousiasme fut de très courte durée. Elle abdiqua au bout de quelques minutes, il faisait trop chaud. «  Nous reprendrons ce soir, il fera meilleur, tu veux bien ? » Bien sûr que je voulais bien, mais je savais que ce soir, il n’en serait pas question car elle serait alors trop fatiguée. J’ai décidé de cueillir les tomates, rougies et gorgées de soleil. Elles étaient lourdes, pleines d’une chair délicate et juteuse. J’ai préparé une jolie salade, et mon humeur créative m’engagea à y ajouter quelques ingrédients : concombres vert pale, olives brillantes et aussi noires que des perles de Jais, dés de gruyère jaunes de crème de lait et  parfaitement carrés ! J’ai trouvé le mariage de tout ce petit monde très esthétique, à défaut d’être très goûteux. Nous avons tout de même apprécié la préparation et j’ai fait rire maman, pour la première fois depuis bien longtemps en lui disant que j’avais baptisé ma salade du joli nom de Jolie Pagaille. «  C’est un début intéressant qui mérite que tu poursuives tes efforts » m’a-t-elle encouragée. Vers 20 heures, la lourde chaleur s’étant estompée, au profit d’une douce température et d’un petit vent presque frais, j’ai proposé à maman de reprendre la leçon d’horticulture. Comme je l’avais imaginé, son refus fut sans appel. Elle allait se coucher.

Ce soir-là j’ai eu beaucoup de peine à m’endormir. Je ne reconnaissais plus vraiment ma maman. A présent, Je m’ennuyais auprès d’elle et elle s’agaçait à mes côtés. Ma force vive la dérangeait, elle exacerbait sa neurasthénie. J’étais devenue son contraire, sa contrainte aussi. Elle devait continuer à vivre pour finir de m’élever et je ressentais cela comme une obligation sociale dénuée de tout amour. J’étais un poids et elle n’avait visiblement pas la force de me porter. V est venue s’assoir près de moi, elle ne m’a rien dit. Elle savait que mon analyse de la situation était juste et qu’elle ne pourrait rien y changer. Elle me prit la main, et nous nous sommes endormies enfin.

L’été passa ainsi, sans que rien ne vienne déranger ce rythme lent et monotone. Je m’accommodais tant bien que mal de la situation. J’y trouvais même parfois quelques avantages. Maman ne vérifiait plus le ménage de ma chambre, pas plus qu’elle ne s’inquiétait des courses ou du linge. C’était donc une forme de liberté. Aussi, j’en profitais pour me coiffer, m’endimancher pendant la semaine, et je passais des heures à scruter mon visage et mon corps devant la glace de la salle de bain, essayant rouge à lèvre et rimmel, fard à joue et vernis à ongle, et chaussures à talons. Je changeais, mon corps s’élançait, je n’en finissais pas de grandir. J’habitais dans le corps d’une autre, mais nous ne formions pas encore une même et seule personne. 

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