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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

J'ai entouré ce jour sur mon calendrier, nous sommes le 27 mars 2020. 10 jours. Le dixième jour de mon confinement… avec mon mari, mon fils et moi-même. Oui, au risque de vous surprendre, je suis là… Enfin, je le crois mais je viens de me rendre compte que je me connaissais pas. Je viens de me rencontrer. A moins qu'il ne s'agisse d'un autre moi ? Pour faciliter mon écriture je vais nommer cet autre moi, je vais l'appeler V... C'est un peu passe-partout je vous l'accorde, mais il m'est encore inconnu, alors, je préfère lui donner une lettre plutôt qu'un nom complet… puisqu'il est incomplet... Pour l'instant en tous cas.

Depuis le 17, je n'ai pas pris de rythme. Aucun, je vis au fil du jour, de la nuit, au gré des minutes et des secondes qui s'égrainent sans y prendre réellement part. J'ai l'impression de survoler ma vie, d'en être à peine spectatrice. J'ai arrêté de travailler du jour au lendemain, sans préavis. Une mise en retraite prématurée, un licenciement sans prime. Comme ça, subitement. Je me suis levée de bonne heure le 17. Décidée à en découdre ou en profiter… Je ne m'en souviens plus. Mais je me suis levée, lavée, coiffée. Je n'ai pas mis de parfum. Cela aurait dû m'alerter. 

J'ai commencé les grandes manœuvres vers 10 h. Après avoir bu 4 cafés, allumé 5 cigarettes tout en en laissant 3 se consumer, regardé les infos sur mon portable, j'ai fait le ménage. Non, pas le ménage dans ma vie… Non, pas encore. Pour celui-là, je procrastine toujours. Le ménage de la maison. Ma chère maison, mon refuge cubique, plantée au hasard d'une rue, au milieu des autres, sans moyen de distinction mis à part ce grand palmier qui oblige à le contourner. Bizarrement, j'ai commencé par les fenêtres comme une prédiction. Je devais sentir qu'il allait falloir y voir clair dans les jours, les semaines à venir. Y voir clair dans ce brouillard médiatique alimenté à grand renfort de fake news, de pessimisme nauséabond, de statistiques morbides par des sachants sachant cacher. Le nombre de fenêtres a eu raison de ma journée. 

Les jours qui ont suivi ont été les mêmes : café, cigarettes, information et désinformation, tâches ménagères… et toujours cette même façon de regarder les choses, à la fois triste pour les autres et plus gaie pour moi, jubilant presque en me croisant dans le miroir en pyjama à l'heure du thé, les cheveux confinés en un chignon sévère, les lunettes au bout du nez, prêtes à tomber… Bientôt j'aurai 50 ans. Non,  l'effet est immédiat : J'ai définitivement 50 ans aujourd'hui, là, maintenant, dans mon miroir !

A vrai dire, V ressemble à une vieille femme à la retraite, qui traîne son ennui au bout de son balais et qui n'aspire à plus rien et se contente de tout. Ce qui m'inquiète, c'est que V aime bien cette idée de ne plus aspirer, de se laisser inspirer par le soleil qui se lève, par les nuages qui viennent le cacher et puis la lune qui paraît. V se satisfait de la situation avec beaucoup d'aisance. Pas de joie, non… La joie est trop bruyante, elle pourrait distraire cet ennui ténu, épais, cotonneux  et terriblement confortable qui l'entoure et dans lequel elle se plaît. Elle s'est mise dans un cocon de lenteur, langueur, comme en apesanteur… Elle ressent le bonheur de ce confinement, sans suspecter cet enthousiasme soudain pour une posture qu'elle aurait hier condamnée.

V s'est levée ce matin, déjà fatiguée par une nuit de mauvais rêves. Le journal de 20 heures était de trop hier soir. Elle n'aurait pas dû céder à l'appel des sirènes des pompiers de l'actualité. Mais, on se rassure tellement facilement à l'abris du malheur des autres… Elle a vu les hôpitaux italiens bondés de microbes, de draps bleus et de blouses blanches aux visages semi-dissimulés sous leurs masques de pacotilles. Elle a vu la courbe des décès s'élever vers les cieux comme autant de prières, ces pourcentages de sauvés faisant la nique aux morts, ce disgracieux médecin, haletant et fiévreux, s'insurger contre la pénurie de lits en réanimation, le manque abyssal de matériel et de mains, et ces balcons et fenêtres comme mille chandelles, s'allumer à 20 h pour soutenir nos soignants… Elle a vu tout cela depuis son canapé, moelleusement installée dans son plaid, le pyjama en soie glissant sous le polaire, guettant d'un œil le message des copines, l'invitant à prendre bientôt un apéritif virtuel.

V n'est pas de celles-là, mais V lèvera son verre vendredi, les cheveux détachés, la cigarette allumée, trinquant virtuellement à la santé de chacun, le sourire accroché à son visage usé, comme un coup de cutter sur un Renoir. Une injure qu'elle se fait à elle-même. Ce n'est pas grave. Elle encaisse. Le vin a ce pouvoir presque magique de donner des ailes aux âmes les plus tristes. Vendredi, elle va donc s'envoler. Ce sera sa seule sortie de la semaine. Une parenthèse, une bruyante immersion, dans l'isolement des autres, dans leur intimité. Pas de rires forcés, mais on échange des sourires, des messages bienveillants et quelques bons conseils, une vision des choses que l'on ne partage pas, mais que l'on s'échange, gratuitement, puisque tout cela ne nous concerne pas…. encore.

A suivre… peut-être...

 

 

 

 

 

 

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Michelle Boularan 27/03/2020 20:03

Magnifique ! Je trinque avec vous et à très bientôt