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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A demain peut-être.

V me voit comme une fille indigne. Je sens en moi s'exprimer le plus grand des antagonismes… Altruisme et égoïsme se livrent un combat. Mon cœur est désormais un champs de guerre, un terrain miné où chaque pensée égoïste devient une bombe. V les fait sauter une à une sans aucune pitié. J'ai laissé ma mère dans cette maison de retraite où la mort et l'ennuie se tutoient désormais. Je ne l'ai pas mise à l'abris dans ma maison où la Vie s'exprime encore, à huis clos certes, mais avec puissance et amour. J'ai accepté pour des raisons sanitaires de m'éloigner d'elle. Sur la porte de la maison de retraite, un avertissement me donne raison et devrait de fait me dédouaner de toute culpabilité : Visites interdites. J'ai attendu cet affichage pour ne plus aller la voir, mais pas un seul instant je n'ai pensé la prendre auprès de nous : Altruisme O, Egoïsme 1 ! J'ai perdu et V me le rappelle. Elle me renvoie l'image de maman, confinée dans sa chambre, regardant depuis sa fenêtre l'aire de jeux du parc, totalement désertée. Plus de rires d'enfants, plus de cris, plus de réprimandes des mamans installées sur les bancs. Pas plus d'amoureux, pas plus de solitaires, pas plus de lycéens fumant leurs premières cigarettes. Rien, ou plutôt toujours cette nature puissante qui continue de croître faisant fi du danger. Maman, chaque jour je t'appelle. A heure fixe pour donner un rythme ou un sens à tes journées. Et chaque jour, tu attends mon appel comme un cadeau de Noël. Tu ne gémis pas, tu gardes ton sang-froid, tu essaies de trouver de petites occupations. Tu ranges ta chambre, tes petites affaires, qu'un seul placard sait contenir. Les informations sont là pour te rappeler que j'ai raison de t'avoir abandonnée : ce virus est dangereux pour les personnes âgées. La boucle est bouclée, tu n'auras pas à me pardonner, puisqu'in fine, je n'ai commis aucune faute. V ne dit pas un mot, elle préfère s'en aller.

Nous sommes le 30 Mars 2020. La France et le monde se sont arrêtés. Figés dans une expression de douleur et de crainte. Les pronostics vont bon train. Les analyses des uns, les constats des autres diffèrent. Des voix s'élèvent, les esprits s'échauffent. L'angoisse monte peu à peu. L'incompréhension aussi. Hier encore, un éminent professeur parlait des séquelles du Covid 19. Ceux qui s'en sortent ou croient s'en être sortis, mettrons des mois à s'en remettre. Altération cognitive, altération motrice, altération du système respiratoire… Quel programme. On nous avait parlé d'une grippe et voilà qu'il faudra réapprendre à respirer, à marcher. 

Ce matin, pas de soleil. Pour enterrer les mauvaises nouvelles, le sol se fait plus meuble sous la pluie. Cyniquement la nature s'adapte. Les oiseaux sont restés au nid. Pas un chant, pas un bruit, juste des gouttes de pluie. Le silence s'installe et s'emparent des villes, les faisant prisonnières de leur incertitudes. Hier encore, on apercevait quelques intrépides s'aventurer à promener leur chien, à oxygéner leur solitude, et leurs ombres se déplaçaient  dans les rues désertes comme peau de chagrin ralliant un même point, la pharmacie ou le supermarché. Leurs itinéraires obliquaient, dessinaient des courbes car à présent on s'écarte, on descend du trottoir pour ne pas se croiser de trop près. On ne parle plus, on chuchote. Le silence appelle au silence.  L'homme est devenu dangereux pour son prochain. Devra-t-on encore longtemps rester séparés ? V veut me répondre. Elle reprend la main. Elle sait à quel point la solitude est lourde à porter. L'isolement est un avant-goût de la solitude. Les préliminaires d'une vie avortée. Elle y est préparée. L'abandon, elle connaît. Ils l'ont tous déjà quittée ces hommes qui ont compté. Elle est seule depuis longtemps, même si rien n'y paraît. V a amassé tant de désillusions, de déceptions. Elle ne les a jamais partagées. Elles sont restées là, blotties contre son cœur formant peu à peu une armure. Elle vit en chambre forte et ce que vous croyez être froideur n'est en fait que  pudeur. Elle n'est pas que tristesse, V est un espoir déçu qui aurait pu éclore, croître et vivre. V est une petite fille que la vie a tellement abîmée qu'elle n'a pas pu grandir. Elle n'a pu que vieillir.

Suite...

 

 

 

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