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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

A bientôt peut-être.

Elle était si gaie, si enjouée au temps de l'innocence.  La grande maison familiale contenait ses trésors. Une tribu plus qu'une famille habitait là. V a envie de me raconter, de se raconter. Je la laisse parler, sa voix est calme, posée. Elle ouvre la voie, plante le décor. Je la suis pas à pas. 

Au bout d'une longue allée, un amandier centenaire croulant sous les fleurs m'accueille. La  maison est si grande, qu'on peut y loger deux générations d'une même famille. Ici, cohabitent grands-parents, enfants et petits enfants. Sous le porche, une large porte appelle à pénétrer dans la grande bâtisse. Le hall est élégant mais la hauteur des plafonds intimide. A droite la cuisine, à gauche le salon donnant sur une terrasse, la salle à manger baignée de lumière, plus loin dans l'aile droite, les appartements des parents, et par un bel escalier en bois ciré, on peut accéder à l'étage. Sept chambres. Un bureau, une salle de bain, une terrasse… Ce n'est pas un château, ici, rien d'ostentatoire. L'essentiel amélioré, finement décoré. Le jardin est immense. Des fleurs en abondance et des arbres merveilleux : noisetiers, bouleaux argentés, cerisiers, pruniers, amandiers se partagent le terrain avec beaucoup d'élégance. Les dépendances sont soignées, alignées. Et derrière la maison, un ancien poulailler, un atelier de bricolage abandonné, qui fait office de salle de jeux. V s'y attarde un instant. C'est la première fois que je la vois sourire. Ses yeux se raniment, son visage s'éclaire. Un instant, elle a 15 ans. V est grande, ses cheveux courts lui donnent un air de garçon manqué, mais son corps la trahit, il est déjà celui d'une jeune femme. Les murs raisonnent encore des rires du passé. Copains et copines se rejoignaient ici, partageant les premières cigarettes, échangeant les premiers baisers en écoutant U2, Simple Minds ou Téléphone. Il reste au mur quelques souvenirs de ce glorieux passé : affiches de concert, bouteille de coca et d'Orangina planquées sous un canapé de fortune, mégots endormis dans une coquille Saint Jacques. Un repère d'ados saupoudré de poussière, qui d'un coup de mémoire peut se réveiller. V tourne les talons, laissant à l'abandon ces vestiges figés. De dos la maison donne à voir ses grandes fenêtres, une pour chaque pièce, et puis cette longue percée pour éclairer l'escalier. 

Devant les bouleaux argentés, regroupés et serrés, elle s'attarde un instant. Elle les a choisi ces arbres-là. Elle voulait un saule pleureur, mais il n'aurait pas vécu les pieds enfoncés dans cette terre hostile. Pour pleurer un saule a besoin d'eau. Son père le lui a expliqué. V a aussitôt pensé à ces arbres qui vivent en communauté. On dirait qu'ils peuvent communiquer, leurs feuillages se mêlant et formant une seule entité. Fusion imaginaire d'un attroupement végétal : 3 bouleaux argentés qui ensemble semblent un peu s'élancer vers l'éternité.

J'observe V. Elle semble bien mieux ici. Elle s'avance vers un vieux noisetier. Dans un amas de branchages informes, grâce à beaucoup de volonté, contre sa vieillesse il semble lutter. Quelques chatons pendants, se croyant des bijoux, essayent de capter sur leur peau mordorée les rayons du soleil. Ils dansent dans le vent, ces mâles opiniâtres, sachant bien que jamais ils ne seront noisettes, se jouant ainsi jusqu'au bout de leur funeste destin. Lorsqu'elle était petite, V était charmée par cet arbre, qui s'animait au printemps, chatons males et femelles adossés au même arbre, promis à un avenir tellement différent. A ces petits bourgeons aucœur de fleur rosé, discrets et cachés, appelés à devenir des noisettes, s'opposaient ces mâles, fiers et fanfarons, dansant jusqu'à tomber dans leurs tombes sans rien jamais donner. 

" Et si nous entrions " me propose V d'un ton léger. Devant la porte entr'ouverte, j'hésite un instant. V me prend la main, elle m'entraîne avec elle, dans ce passé perdu qui m'effraie tellement.

Suite...

 

 

 

 

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