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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

Cathédrale.

Cathédrale.

Avant d'arriver à sa hauteur, avant d'être happée par l'immensité de son ombre, avant d'avoir levé les yeux au ciel jusqu'à m'en décrocher le cou... Avant, je n'avais rien vu.

Elle faisait partie intégrante de mon décor, de mon tableau de vie, attachée à mes paupières comme un fard, je pouvais la regarder matin et soir, sans la voir. Elle était terrible cette habitude que j'avais prise de ne rien observer comme si tout était immuable. Comme si chaque personne, chaque monument, chaque objet resteraient, le temps d'une vie, de ma vie, à sa place. Ainsi, pendant des années, je suis passée à côté d'elle, sans réaliser qu'une œuvre d'art se dressait sous mes yeux, qu'une page d'histoire se tournait au coin de ma rue... J'ai laissé le temps prendre ses habitudes et perdre ma curiosité. Je me suis endormie dans un cadre féérique, le regard abruti, l'esprit saoulé par tant de beauté. Et c'est ainsi que j'ai perdu de vu ce qui m'était donné à voir.

Mais hier, après avoir remonté la rue Mariès, voilà qu'elle s'est détachée du ciel, plus rouge qu'à l'habitué, plus massive, matriarcale, presque agressive. Elle s'est dressée comme un seul corps, sur cette place nue, et j'ai découvert sa toute puissance. J'ai cru voir le sang couler sur les briques. J'ai bien failli vaciller. J'ai levé les yeux à en perdre l'équilibre : je voulais à présent la voir toute entière, me laisser impressionner, ressentir l'exploit, visualiser la prouesse humaine que représente cette construction hors norme. Entendre les cris des bâtisseurs, la musique des outils tout le jour durant, et voir la nuit apporter le calme, la satisfaction timide du devoir accompli. J'ai imaginé leur fierté, de génération en génération transmise. J'ai pensé à leurs souffrances que personne n'a dû panser. J'ai senti l'odeur aigre de leur transpiration. Puis, J'ai fermé les yeux devant toute la douleur qu'il faut pour faire tant de beauté. 

Je porte Albi dans mon cœur comme on porte un bijou. Ma Cathédrale comme une alliance. Elle a vu tant de nous... Elle a vu nos nuques pieuses et courbées, nos grands yeux suppliants, nos mains jointes, nos larmes de joie. Elle a entendu nos chants d'allégresse, nos voix cassées et tremblantes, les rires étouffés dans la robe des premiers communiants. Elle nous connaît mieux que nous-même. A bien y regarder, elle est notre forteresse, notre rempart, une part de nous.

Hélène

 

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