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Mes p'tits billets... pas toujours doux !

Ce blog est dédié à mes rencontres, mes passions, et à ma si jolie ville, Albi, coeur d'Occitanie. Pour le plaisir du partage, de l'écriture et peut-être, le vôtre... celui de la lecture !

Mon père.

Mon père.

Je voudrais tant vous dire sur lui, tant écrire et tant décrire sur ce qu'il a été, pensé ou fait. Mais voilà que dès que je l'approche, l'envisage un peu, il se dérobe, m'échappe furtivement. Je le perds. Il me perd, et m'empêche. 

J'essaie de choisir les mots les plus proches de ma mémoire, parce que J'ai peur d'amoindrir un sentiment, de modifier un souvenir, de ternir une photo que j'ai dans le coin de ma tête, une photo que j'ai dû prendre avec mon cœur.

La plus vivante est celle-ci. Il est dans sa voiture. Je suis assise à l'arrière. Je l'observe dans le rétroviseur. Je vois son visage. Sa peau matte, déjà ridée. Ses mâchoires larges et ses sourcils qui coiffent son regard sombre, le soulignent d'un trait épais. Il me regarde du coin de l'œil. Me sourit. Tout son visage sourit. Tout sauf ses yeux. Ils n'ont jamais souri. Ils ont quelque chose d'éternellement triste, sans cesse attirés vers le lointain. Je saisis son sourire comme un bouquet de fleurs, je l'imprime dans ma mémoire. Je le grave dans mon cerveau à jamais. Je ne sais pas encore qu'il nous reste si peu de temps à partager lui et moi. C'est la rentrée des classes. J'ai douze ans. 

Mon père. Mon Tout. Il ne m'a pas parlé de sa tristesse. Pas un mot non plus sur sa vie passée. Ma mère, mes trois frères et moi. Moi, qui arrive comme un accident. J'étais trop jeune, il était déjà vieux, alors il construisait avec moi et pour moi l'avenir. Je sais qu'il aimait l'architecture, l'Art et les lettres, la politique, la philosophie, les mots comme des arbalètes ou des boucliers. Ses pamphlets comme ses poèmes racontaient l'homme entier qu'il était. Capable d'aimer infiniment et de détester définitivement. Ses mains, grandes et larges. Des mains d'homme. Fortes et réconfortantes. Assurées. Rassurantes.

Et puis ses rides. Des rides atypiques, signatures, discrètes ou affirmées, de chacun de ses soucis, posées sur son visage. Elles apparaissent de la même manière aujourd'hui sur le mien. Clin d'œil insolite de la vie, ou héritage génétique. J'aime à penser qu'il m'a un peu dessinée. J'aime sentir et savoir qu'il y a un peu de lui en moi, que ça le rend vivant. 

Et puis, il est parti. J'ai découvert la solitude. 

Je voudrais bien remarcher un jour à tes côtés papa. Sentir ta main saisir la mienne. Relire Desproges, et rire encore avec toi, refaire le monde avec nos cœurs, et avoir encore un de tes baisers sur mon front.  Alors, en attendant, tu vois, papa,  je vis en croisant les doigts.

 

Hélène

 

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